NouvelleLe joueur d'échecsStefan Zweig
Histoires grotesques et sérieusesLe joueur d'échecs de MaelzelEdgar Poe
NouvelleDouble Assassinat dans la rue MorgueEdgar Poe
NouvelleL’échiquier de la mortJean Ray
PoèmesHommage à La BourdonnaisJoseph Méry
PoèmesŒuvre poétique (2 citations)Jorge Luis Borges
PoèmeCAISSASir William Jones
RomanDe l'autre côté du miroirLewis Carrol
ExtraitCinquième LivreFrançois Rabelais
ExtraitLa variante F. VIII du gambit CamulogèneÉdouard Pape
ExtraitsEmil Joseph Diemer, missionnaire des échecs acrobatiquesDany Sénéchaud
FragmentsLe Jeu des échecs moralisésJacques de Cessoles
FragmentsLivre des échecs amoureux moralisésÉvrard de Conty
FragmentsLa Défense LoujineVladimir Nabokov
CommentaireLe Tristan en proseLégende médiévale
Bandes dessinées MafaldaQuino
Page bande dessinée Gaston LagaffeFranquin
Page bande dessinée TintinHergé
Pages bande dessinée Achille TalonGreg
Page bande dessinée Lucky LukeMorris
Page bande dessinée Passe-moi l'ciel Janry et Stuf
DessinFluide GlacialGaudelette
DessinsAlmanach Achille Talon 1981Greg
BibliographieJeu d'échecs dans la littératureJacques Hincker
Il y a des citations d'œuvres anciennes et contemporaines sur le site Repères autour du jeu d'échecs.


Le Jeu des échecs moralisés


Traité de morale écrit en latin vers 1315

par le dominicain Jacques de Cessoles

Traduction de Jean-Michel Mehl.

Stock, "Moyen Âge", 1995


Voir l'étude de Julien Eggenberger (Université de Lausanne 23/5/2000, Séminaire d'histoire médièvale).





« Pourquoi ce jeu fut trouvé »



l y a trois raisons à l'invention de ce divertissement. Il y eut d'abord le désir d'amender le roi, ensuite d'éviter l'oisiveté, enfin d'inventer des règles nombreuses et subtiles. Concernant la première raison, il faut savoir que lorsque ledit roi Evilmodorach vit de nombreux chevaliers, barons et ducs jouer ardemment avec ledit philosophe, émerveillé qu'il était par la beauté du jeu et par le caractère insolite de ce nouveau divertissement, il voulut s'en mêler. Il manifesta le désir d'apprendre à jouer et décida de se mesurer audit philosophe. Comme ce dernier lui avait fait remarquer que cela n'était possible que s'il apprenait au préalable les règles, le roi acquiesça et dit que, désireux d'apprendre, il se placerait en tout dans la position du disciple. Alors le philosophe, expliquant la forme de l'échiquier et des pièces et décrivant les mœurs du roi, des nobles et du peuple ainsi que leurs devoirs, comme nous le ferons dans les chapitres suivants, attira l'attention du roi sur l'amélioration des mœurs et la pratique des vertus.
En entendant ces reproches, le roi, qui avait déjà fait périr de nombreux sages, interrogea brutalement le philosophe d'un ton menaçant : « Pourquoi as-tu inventé ce jeu ? » Le philosophe lui répondit : « Mon seigneur roi, je désire que ta vie soit glorieuse ; pourtant je ne peux le constater tant que, remarquable par la justice et de bonnes mœurs, tu n'es pas aimé par le peuple. Je te souhaite autre afin que toi qui as empire sur les autres, non par droit mais par force, tu commences par te dominer. En vérité, il est injuste que tu prétendes à un pouvoir sur autrui alors que tu ne peux te maîtriser toi-même. Souviens-toi que les empires tenus par la violence ne peuvent durer longtemps. Te changer, voilà une des raisons de ce jeu. » En effet, les rois doivent supporter patiemment les reproches des sages de leur entourage et écouter de bon cœur même ceux qui les réprimandent.




« De la forme et de la façon de l'échiquier et comment il est fait »



l faut parler de l'échiquier, qui représente la ville de Babylone. Il dispose de soixante-quatre cases, car chaque quartier de cette cité, construite selon un plan quadrillé, occupait un espace de seize mille pas de côté. Ce chiffre, multiplié par quatre, équivaut à soixante-quatre mille lombards ou lieues gauloises. En second lieu, il faut savoir que les rebords de la table, que l'on trouvait parfois relevés, symbolisent les hautes murailles qui entouraient ladite cité. Enfin, l'ultime chose à savoir est qu'il y a autant d'espace vide que d'espace occupé ; car celui qui a la charge de gouverner la nation doit veiller à respecter un rapport équitable entre les sols occupés par les cités, les camps retranchés, les champs cultivés et les habitations isolées.




« De la forme du roi, de ses mœurs et de son état »



e royaume du monde, le roi le dirige lui-même et voici quels doivent être ses mœurs et comment il est représenté. Le roi est assis sur son trône, revêtu d'un manteau pourpre, qui est la couleur royale par excellence. Il tient dans la main droite un sceptre et dans la main gauche un globe, qui sont les deux attributs de son rayonnement sur le monde. La dignité royale, symbolisée par la couronne, est la gloire du peuple et tous doivent converger vers lui et obéir à son commandement. Mais le roi se doit d'être juste et bon, car que serait-il en son royaume sans la hardiesse et la loyauté de ses chevaliers, la prudence et la droiture de ses juges, l'autorité de ses vicaires, la continence de sa reine et la concorde de son peuple ?




« Comment le roi se meut de son premier siège et comment il fait mat »



e roi occupe une position centrale, au cœur du royaume. Il se doit de prendre conseil auprès de ses sages conseillers, qui sont les alphins et les preux chevaliers, ces derniers étant la gloire du royaume. Mais, si chacun se préoccupe égoïstement de ses seules affaires, et non de celles qu'il doit défendre, le royaume perd son nom et sa dignité. Aussi, parce que le roi a une dignité suprême en raison de son titre, il n'était pas convenable qu'il s'éloignât trop vite de son trône, et qu'il ne s'aventure sans protection hors du royaume. C'est pourquoi il ne progressera plus que d'un pas à la fois, après un premier saut légal de deux ou trois cases, qui lui permet en un coup de visiter les gens du peuple et de passer ses troupes nobles en revue.




« De la forme de la reine, de ses mœurs et de son état »



a reine se doit de demeurer en tous points chaste et honnête. Sa forme fut fixée de la manière suivante : sur un trône est placée une belle dame, avec une couronne sur la tête. Elle est enveloppée d'un manteau de fine étoffe, qui masque son corps à la concupiscence des hommes. Car il ne faut oublier que la reine est assise à la gauche du roi par la grâce divine et pour les embrassades de son époux. Il faut que la reine soit docile, issue d'une bonne famille et soucieuse de l'éducation de ses enfants. Sa sagesse ne doit pas seulement se révéler dans ses gestes, mais aussi dans ses paroles, surtout lorsque son époux lui confie un secret. C'est pourquoi, dans la cité comme au combat, où elle évoluera avec précaution, la reine ne doit jamais s'éloigner du roi.




« Du mouvement de la reine et comment elle est hors de son siège »



omme le roi et la reine sont d'une même chair, celle-ci ne progresse que d'une case à la fois. En raison de sa fragilité physique, le combat lui est impropre. Mais, si l'on veut comprendre pourquoi la reine s'expose ainsi aux dangers d'une bataille, il faut se souvenir que les hommes, de tous temps, emmenaient avec eux en campagne leurs femmes, et toute leur famille. Car c'est une préoccupation légitime que le roi soit approvisionné en amour, comme il est légitime que le peuple se soucie que la question de la succession royale ne soit pas laissée en suspens. C'est pourquoi la reine doit suivre son époux pas à pas. En outre, au camp, comme au-delà des limites du royaume, elle se doit de se draper dans un voile de pudeur, afin de ne pas attiser la convoitise des hommes.




« De l'état et de la forme des chevaliers, et de l'ordre de la chevalerie »



e chevalier est représenté juché sur sa monture et paré de toutes ses armes. Son corps est revêtu d'une armure. Il se protège par un bouclier sur lequel est reproduit son blason et il tient une lance ou une épée dans la main droite. Le chevalier se doit de posséder un cheval docile et entraîné pour le combat. Lorsqu'il est armé chevalier, on le plonge dans un bain, afin qu'il mène une vie nouvelle, empreinte de vertus, parmi lesquelles la première est la loyauté. Que le courage, la miséricorde et le souci permanent de protéger le peuple soient en lui, car, autant la dignité militaire surpasse les autres par l'honneur et la déférence, autant les chevaliers se doivent de se distinguer par l'observation des bonnes mœurs.




« Comment les chevaliers doivent se déplacer »



e chevalier parcourt l'échiquier à bride abattue, en bifurquant à droite ou à gauche, s'il le juge nécessaire, par un saut impromptu. À son premier saut, celui de l'aile droite visite le paysan, puisque ce dernier lui délivre le fourrage nécessaire à l'alimentation de sa monture. Il visite en second le tisserand, qu'il se doit de protéger, car celui-ci lui fournira des vêtements neufs, lorsqu'il regagnera le camp. Il se repose enfin sur une case noire, à proximité immédiate du couple souverain ; car son rôle est de préserver la couronne. Mais, si le roi le lui ordonne, il se rue au combat et charge avec fureur les troupes ennemies, n'écoutant que son courage et offrant avec fermeté sa poitrine à leurs traits.







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